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![]() LA PLACE DU THÉÂTRE-FRANÇAIS
(D'après Les
cafés artistiques et littéraires de Paris, paru en 1882)
Nous avons parlé des anciens cafés du Palais-Royal, quelques mots en passant pour compléter ce travail sur les environs de l'ancien Palais Cardinal. Les cafés depuis la première révolution ont toujours été – quelques-uns du moins – des clubs plus ou moins importants où se réunissaient les chefs des différents partis politiques. Si devant le café Procope on brûlait les journaux modérés, au café Marchand, rue Saint-Honoré, avait lieu la même exécution, mais avec plus de mise en scène. Un jeune secrétaire de la réunion, debout sur la chaussée, lisait tout haut la sentence rendue contre la feuille trop modérée ? Voici le texte de ces jugements bizarres : « Nous sous-signés, citoyens habitués du Café Marchand, tous dûment assemblés ; après lecture faite d'un exemplaire du Journal général de la cour et de la ville, avons livré le présent article aux voix de la majorité, desquelles il est résulté que ladite feuille a été condamnée à être lacérée et brûlée publiquement devant la porte dudit café. » Fondé en 1688 sous le nom du café de la place du Palais-Royal, le café de la Régence ne prit sa nomination actuelle qu'en 1718. A cette époque la patronne, madame Leclerc, possédait une réputation de galanterie justement méritée, parait-il. Tous les viveurs du temps accoururent au café qui, pendant quelque temps, fut un café à femmes, pour s'exprimer à la mode du jour. On fit même des vers à ce sujet : C'était la Régence alors. Mais, peu à peu l'élément moral et pacifique reprit le dessus, les joueurs d'échecs et les écrivains célèbres remplacèrent les roués. Rousseau en costume d'Arménien s'y montra en 1765. Une foule énorme suivait le philosophe enveloppé d'une robe et coiffé d'un bonnet fourré. On dut placer un soldat à l'entrée de l'établissement pour empêcher les curieux d'y pénétrer. Diderot, dans le Neveu de Rameau, parle de la Régence, dont il fut un des habitués ainsi que Voltaire, Lesage, Piron, Fuzelier, Fromaget et d'Autreau. Voltaire y allait pour voir jouer aux échecs. Dans le dialogue qui a pour titre la Valise bouclée, Lesage a fait la physionomie du fameux café. L'illustre auteur de Gil Blas a écrit : « Vous voyez dans une vaste salle ornée de lustres et de glaces, une vingtaine de graves personnages qui jouent aux dames ou aux échecs, et qui sont entourés de personnes attentives à les voir jouer. Les uns et les autres gardent un silence si profond, que l'on n'entend dans la salle aucun autre bruit que celui que font les joueurs en remuant leurs pièces. Il me semble qu'on pourrait appeler un pareil café, le café d'Harpocrate (dieu du Silence). » L'empereur Joseph II se trouvant à Paris en 1777 alla à la Régence. La limonadière, après avoir causé avec cet étranger, ne fut pas peu surprise lorsqu'elle apprit de la bouche de ce client si familier, qu'il était le frère de la reine Marie-Antoinette. Après l'empereur d'Allemagne ce fut le czar Paul Ier qui se rendit incognito au café des joueurs d'échecs. Quoique depuis son expropriation de la place du Palais-Royal (1854), la Régence ait occupé successivement deux locaux, quelques mauvais plaisants prétendent que plusieurs des habitués ne se sont pas encore aperçus du changement. Il est vrai que les joueurs d'échecs mettent tellement d'attention qu'ils ne se doutent point de ce qui se passe autour d'eux. Sous la première République, le Théâtre-Français avait reçu le nom de théâtre de la République. On devait représenter sous l'aimable régime qui envoya tant d'innocents a l'échafaud la première représentation de la pièce, la Bayadère. Une actrice, mademoiselle Candeille avait écrit cette œuvre qui fut sifflée, non parce qu'elle était mauvaise, mais parce que son auteur avait rempli à différentes reprises le rôle de la déesse Raison pendant les fêtes de l'Être suprême. Mademoiselle Candeille avait fait jouer une autre pièce, la Belle Fermière, qui eut un grand succès. Voici ces strophes : Peuple français, peuple de frères, Lorsque le rideau se leva pour la seconde pièce, un papier fut lancé sur la scène, et le public exigea que ce papier fût lu par un acteur sans talent, Fusil, qui s'était fait remarquer par sa férocité comme révolutionnaire, à Lyon. Le cabotin eut peur et balbutia, ce fut Talma qui dit les vers, ayant à ses pieds Fusil, à genoux et tenant un flambeau. Ce morceau poétique avait pour titre : le Réveil du Peuple. Talma eut un succès fou. En l'an III, lorsque les Muscadins, au nombre de trente environ, dispersèrent à coups de canne le club des Jacobins, ils chantaient le Réveil du Peuple. Ce qualificatif de muscadin avait été donné par les terroristes aux jeunes gens bien élevés, bien mis, qui luttaient contre les pourvoyeurs de la guillotine. On comprend qu'avec un public aussi passionné, les cafés voisins du Palais-Royal devenaient quelquefois des arènes politiques. Au café de Rohan, situé au coin de la rue Saint-Honoré et de la place du Palais-Royal, le docteur Mary Durand, rédacteur du Siècle, son frère Charles-Louis Durand, ancien rédacteur de la Presse, s'y trouvaient en compagnie du commandant Roudaire que l'idée de créer au sud de l'Algérie une mer intérieure a rendu justement célèbre. Ce fut dans le local occupé par le café de Rohan qu'en 1855 on vit fonctionner le percolateur, instrument avec lequel on pouvait préparer du café en grande quantité. Au café de l'Univers, voisin de la Régence, une belle terrasse occupant toute l'encoignure de l'immeuble situé à l'angle des rues Saint-Honoré et de Rohan permet aux flâneurs de ne rien perdre du coup d'œil de la place du Théâtre-Français. On y voit M. Leroy, journaliste de talent qui a quitté la Presse pour entrer à l'Hôtel-de-Ville ; Lambert, un jeune poète plein de feu qui est aussi un dessinateur très distingué. Situé sous les arcades du Théâtre-Français, le café de la Comédie a pour clients beaucoup d'artistes, mais lorsqu'il y a une pièce à succès, la foule l'envahit pendant les entractes, alors c'est un feu roulant de réflexions sur l'œuvre nouvelle. Il faut dire que grâce à l'habileté de M. Perrin les succès se succèdent aux Français. On voit que dans les quelques établissements dont nous venons de parler, il y a un public très nombreux et que ce public qui dépense doit en attirer un autre moins distingué, qui vit un peu au hasard. Infirmes, mendiants, ramasseurs de bouts de cigares, diseurs de bonne aventure, prennent leurs airs les plus lamentables pour émouvoir le consommateur. Il n'est pas jusqu'à la pâtisserie Chiboust qui ne soit assiégée par cette variété de quémandeurs qui se régalent des restes de la veille qu'on leur distribue. Et les péripatéticiennes qui suivent le trottoir cherchant un client au cœur tendre, possesseur d'un porte-monnaie bien garni. Il y a des naïfs qui se laissent prendre, mais comme il faut que tout le monde vive, tout doit être pour le mieux sur notre planète.
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